Pendant deux heures, Eric nous fait donc découvrir son univers, un univers trop peu connu... celui des malvoyants. Avec beaucoup d’humour, il nous montre les difficultés qu’il éprouve lorsqu’il est face à un ordinateur et nous présente le matériel (parfois très coûteux) qu’il uti-lise pour l’aider.
Parmi ces outils, il y a le zoom texte. LUNAR par exemple est un programme qui agrandit le texte d’un écran d’ordinateur et le convertit au format désiré. Il peut agrandir jusqu’à 32 fois les caractères d’un texte, d’une image ou d’une icône. Mais souvent la quantité d’informations d’une page pose problème étant donné que les logiciels de grossissement de caractères dimi-nuent fortement la vision globale de la page. Donc, pas évident de trouver l’information re-cherchée. Faites l’exercice : Imaginez quatre lettres géantes envahir votre écran. Pour voir la suite du mot ou de la phrase, vous devez déplacer le curseur vers la droite, vers le bas...Encore et encore... Je vous défie de mémoriser le sens du texte que vous êtes en train de lire ! Il y a de quoi perdre le fil, je vous assure...
Béatrice, formatrice chez Handiplus, nous présente la barrette braille utilisée par les aveugles et malvoyants pour convertir les données de l’écran en caractères braille grâce à une suite de cellules insérées dans un support électronique. Chaque cellule peut faire apparaître les huit points d’un caractère braille grâce à des “picots rétractables”. J’ai touché ces “picots rétracta-bles”... j’ai eu beaucoup de mal ne fut-ce qu’à déterminer le nombre de picots levés ! Soudain mes mains m’ont semblé aussi sensibles et « tactiles » que les paluches d’une terrassière ! Une question d’entraînement j’imagine ! Eric n’utilise pas cette barrette car la maîtrise du braille n’est décidément pas une discipline simple à acquérir.
Le logiciel JAWS (Job Access With Speech) est un autre outil qu’utilise Eric. C’est un logiciel de revue d’écran qui s’intègre à Windows et permet d’utiliser Word, Excel, Outlook et Inter-net grâce à une synthèse vocale intégrée au logiciel. C’est un système qui transmet les données qui apparaissent à l’écran de l’ordinateur vers un synthétiseur qui les émet via un haut-parleur. Ce logiciel « dit » à haute voix chaque lettre au fur et à mesure de la saisie, cela permet à Eric de ne pas se tromper de touche, et de savoir ce qu’il a déjà tapé. Ça fonctionne bien pour Word, Eric est un pro !
Mais quelle voix ! Le choix s’opère entre une voix masculine ou une voix féminine... Toutes deux aussi désagréables à écouter l’une que l’autre, et un rien méprisantes, dénuées de bons sens commun, voire robotisées, lobotomisées. Bref pratiquement impossibles à comprendre ! Même Eric s’en plaint : “Mais, tais-toi, toi !”, gémit-il en se baissant et en s’adressant à la princesse monocorde dans la tour de l’ordi. Petit exemple de lecture opérée par JAWS : “Et en ce moment virgule tous les jours virgule ici virgule une nouvelle carte postale point d’exclamation et ‘n’ apostrophe oubliez pas de cliquer sur les liens pour voyager encore plus trois petits points”. Agréable, n’est-ce pas ? Et encore ! En me lisant, vous êtes dispensé du ton insupportable de la machine ! Il faut réellement habi-tuer son oreille à ce “langage” et apprendre à se laisser guider. Je me suis rendu compte à quel point il est difficile pour un voyant de “regarder” la page et de se laisser guider par la voix en même temps. Un voyant tente de tout contrôler avec les yeux !
Internet, c’est encore plus corsé ! JAWS n’interprète pas les images et donc si le contenu texte n’est pas explicite il devient très difficile de naviguer. Pas simple de toute façon de se représenter et de comprendre une page Web dans son ensem-ble car l’interprétation est “linéaire”. Même pour une personne très habituée, comme Eric, il arrive souvent d’être bloqué...
Nous sommes allé sur Yahoo pour créer une boîte email à Eric... sans succès. Eric utilise des raccourcis clavier plutôt que la souris car ceux-ci permettent de naviguer aisément dans les menus de chaque site. Malgré le fait qu’il les utilise souvent, il s’est retrouvé coincé. Le doigt qui hésite un peu trop, cette voix qui hurle, une touche frôlée par erreur et hop... un raccour-ci se crée. Pas moyen de retrouver lequel, Eric est bloqué, plus rien ne répond correctement ! J’ai bien tenté de défaire ce foutu raccourci... mais en vain, mes yeux ne m’ont pas aidé ! La faute ne venait peut-être pas de ce pauvre raccourci... mais du site en lui-même ? (Je sais, je sais, je ne suis pas une référence en informatique non plus !).
Il y a donc encore pas mal à faire avant de ne plus entendre parler de discrimination des per-sonnes handicapées sur le Web. L’inaccessibilité est surtout le fait d’applications Web inadaptées et de développeurs qui ne connaissent pas ou ne comprennent pas le pourquoi de l’acces-sibilité. Il faut changer les mentalités... et ça, ça prend plus de temps que d’apprendre le braille !
Pour suivre cette rencontre, comprendre les difficultés d’Eric (et accessoirement les miennes), voyez la séquence tournée par Malika !






