9h : Rendez-vous au sous-sol de la rue Docteur de Meersman à Anderlecht. Les femmes, en majorité d’origine marocaine, arrivent au compte-gouttes et prennent place autour des tables installées en U. Elles seront 33 au total sans compter leurs jeunes enfants. Ca chuchote, les petits enfants jouent, courent et pleurnichent. Malgré l’agitation, Naïma donne son cours d’alpha avec calme.
Naïma explique c’est capital pour ces femmes de maîtriser le français. C’est, pour elles, la porte d’entrée vers l’autonomie, le moyen de faire face aux actes les plus simples de la vie courante : faire les courses, remplir des documents administratifs, décrire ses symptômes au médecin, aider aux devoirs de leurs enfants...
Tout le monde debout ! On va revoir le vocabulaire des parties du corps. Montrez-moi d’une main une de vos “joues”... J’ai dit “joue” et non “genou”. Montrez-moi votre cou, votre nuque, etc. Petit jeu de mains très amusant... et plutôt efficace !

- Naïma bien entourée !
On ouvre son cahier. Les voyelles ! En coeur, elles lisent à haute voix les variantes du “e” : “e, é, è, ê” et du “a” “a, â”. “Entendez-vous la différence entre un “an” et un “âne” ?” Je vois que ma voisine, et ce n’est pas la seule, peine un peu... mais elle se jette à l’eau sans crainte de mal prononcer. Naïma n’hésite pas à les reprendre et à se montrer autoritaire. “Ces femmes sont souvent très occupées à la maison avec leurs enfants et leur mari. Je veux les aider à persévérer dans leur émancipation et apprentissage. J’insiste donc pour qu’elles assistent au cours régulièrement”. Vu le nombre de femmes présentes, sa ténacité semble payer !
A la fin du cours, les grands enfants rejoignent leur maman. Bonjour Naïma ! Ah Abdel ! As-tu terminé ton devoir ? Ca a été ton interro ?. Naïma s’occupe aussi de l’école des devoirs. C’est chouette parce que de cette manière, je suis les mamans et leurs enfants. Je connais toute la famille, on me fait confiance !.
14h : Rendez-vous à la cafétéria de l’asbl Cosmos [1] (Du sous-sol, on passe au premier étage). Frédéric, avocat au Foyer de Molenbeek vient informer les sans-papiers sur le séjour légal en Belgique et répondre à leurs questions. Son accent flamand n’est nullement un obstacle à la compréhension, il est clair, précis et patient ! Et bien sûr, il connaît tout sur les législations concernant les sans-papiers !

- Le lieu où tout se passe !
Une femme me raconte : C’est très dur d’obtenir des papiers ici. J’aimerais travailler légalement pour gagner plus. Actuellement, je fais la vaisselle dans un restaurant. Je gagne 5 euros de l’heure !.
La salle est pleine. Hommes, femmes, enfants, l’audience est essentiellement africaine. Après avoir écouté Frédéric, chacun expose son cas. Ces histoires sont toutes similaires dans leurs différences. Le schéma classique : “Une famille en Belgique depuis des années, le permis a expiré. Les enfants vont à l’école, ils sont parfois nés ici. C’est la guerre dans leur pays d’origine. Pourtant, ils devraient quitter la Belgique !”

- Les sans-papiers à l’écoute
Naïma aide à l’organisation de la plupart des réunions des sans-papiers. “Cet après-midi, dit-elle, on a rien changé à leur situation mais ils en ressortent mieux informés. L’information est essentielle dans ces parcours ! Par exemple, cette femme en face de moi a une grave maladie de l’oeil et doit absolument se faire opérer. Elle ne savait pas que malgré le fait qu’elle n’a pas de papiers, elle a droit à des soins médicaux payés !”.
La journée s’achève, Naïma est heureuse de ce qu’elle a accompli et est prête à recommencer demain ! C’est une lutte de tous les jours !

- Frédéric répond aux questions...







